DÉCLARATION DE L'INTERSYNDICALE AU DIRECTEUR INTERRÉGIONAL ANTILLES-GUYANE
Monsieur le DI,
Votre première visite s’était résumée à un simple créneau de 30mn. En conséquence, vous ne pouvez pas ignorer que notre ressenti, après ce premier contact, n’est pas des plus positif.
Mais lors de votre premier déplacement nous vous avons fait remonter précisément nos attentes. Vous n'êtes pas le président du CSA-L de la DR de Guadeloupe, et nous entendons que cela le reste. Toute tentative de fusion des instances de Guadeloupe dans celles de Martinique serait une ligne rouge. Le dialogue social local n'est pas négociable. Et cela demeure pour nous une ligne infranchissable. D’ailleurs, nous serons sans concession à ce sujet.
Le mépris de nos réalités géographiques et de la nécessité stratégique d’un centre de décision en local, réellement autonome et respecté par la DI ne feraient qu’obscurcir les relations et radicaliser les positions des acteurs syndicaux.
Monsieur le DI nous avons pu vous écouter sur les ondes de la station RCI récemment. Lors de cette interview, vous vous êtes présenté comme le « patron » de la Douane dans la zone Antilles Guyane. Monsieur, l’Intersyndicale vous prend donc au mot et, s’il en était besoin, vous rappelle que vous n’êtes pas uniquement le DR de Martinique.
Ainsi, si vous êtes le « patron » alors il vous incombe de donner à TOUS (Guadeloupe, Martinique et Guyane) les moyens humains et matériels afin de remplir sereinement toutes leurs missions. Et ce, sans se laisser aller au jacobinisme ou à la facilité de ne se préoccuper que des services à votre proximité immédiate, ou encore vous désintéresser des effets de vos décisions à l’encontre des autres directions régionales.
D’autre part, vous savez aujourd’hui le rôle central de la Douane dans ces territoires ultramarins sur le volet des recettes des collectivités régionales et sur l’accompagnement des opérateurs économiques, pourvoyeurs d’emplois pour la population locale. L’Intersyndicale en Guadeloupe en appelle à votre responsabilité aussi bien face aux douaniers de Guadeloupe que face aux citoyens de ce territoire qui demandent que les moyens soient mis afin de défendre leur droit légitime à la sécurité, à la protection et l’accès à l’emploi dans des conditions dignes et équitables.
En outre, et sans compétition malsaine avec l’île sœur dont les besoins sont réels, la charge opérationnelle de la Guadeloupe, archipel de 630 km de côtes, est objectivement supérieure. Nous tenons à votre disposition les éléments comparatifs.
Vos décisions respecteront-elles le pacte républicain « Liberté, Égalité, Fraternité » à l’égard de vos collègues guadeloupéens et de nos concitoyens?
Dès lors, nous ne pourrons plus accepter la mise en concurrence des trois DR de cette DI. Ce paradigme n’a que trop duré! De plus, la démonstration est aujourd’hui faite que les orientations prises avant votre arrivée nous font tous plonger au niveau des effectifs. Par ailleurs, cette mise en tension favorise objectivement les stratégies de contournement des organisations criminelles. À effectif constant, nous ne pourrons plus tenir la ligne. Et quand la Guadeloupe lâche, c'est toute la façade atlantique qui se fragilise.
La Guadeloupe finit en tête d’un classement funeste avec des chiffres de la délinquance armée en nette hausse par rapport à la moyenne nationale. À juste titre, l’Autorité judiciaire constate elle même avec effarement la recrudescence de l’usage et de la circulation des armes à feu qui entrent sur ce territoire en grande partie par la voie maritime (la Guadeloupe compte 630 km de côtes). Aujourd’hui, la Guadeloupe, territoire archipélagique dont la protection rendue encore plus complexe, sombre dans la violence et voit des pans entiers de sa jeunesse s’en aller brutalement. En effet, les missions deviennent quasiment impossibles à tenir avec des effectifs réduits au strict minimum. Cette conjecture RH expose également davantage les personnels aux accidents du travail et aux Risques psychosociaux.
Messieurs, nous sommes sur des frontières tierces aux quatre points cardinaux de ce département. Historiquement, le rôle de la Douane est de tenir les frontières, les points d’entrée des marchandises (ports et aéroports) et garantir la collecte de l’impôt en luttant contre la contrebande.
Comment remplir efficacement ces nobles missions dorénavant ? Où sont les moyens en personnels et en matériels avancés ?
Aujourd’hui, les douanières et les douaniers de Guadeloupe exigent de vraies réponses et la mise en œuvre de solutions concrètes, viables et efficaces pour qu’ils puissent enfin exercer leur métier dans des conditions favorables et respectables.
Nous vous prévenons que la non réaction entraînera des dégâts irrémédiables pour la viabilité, l’image de notre Administration face à nos concitoyens, la cohésion sociale et enfin aura des conséquences irréversibles sur des personnels épuisés par des décisions iniques voire illogiques.
L'Intersyndicale refuse de croire que le but recherché soit l'affaiblissement de la Douane. Nous vous demandons donc des actes, pas des intentions, pour rétablir l'équilibre et la confiance.
Le désengagement ne pourra pas être la solution. Il en va de la survie de la Douane. Sans effectifs, la Douane ne pourra prendre sa pleine part dans l’action de l’État en mer et sur terre. Et à terme, le Préfet finira par se passer de nos services puisque la loi RIPOST permettra d’étendre nos prérogatives à nos partenaires notamment dans le rayon des douanes.
Enfin, la stratégie de la mise en concurrence des DFA est une méthode d’une autre époque, vision datée des enjeux ultramarins. Cette approche renvoie aux heures les moins glorieuses de l’histoire coloniale dont sont imprégnées tous les peuples de la Caraïbe.
L’Intersyndicale rejette en bloc ces visions et réclame :
Une répartition des moyens en rapport avec les réalités géographiques et économiques;
Des abondements en moyens humains et matériels;
Une sanctuarisation de ces moyens;
Et le retour à une relation DI/DR plus équilibrée.
L’Intersyndicale vous assure que la poursuite de cette approche cannibale conduirait indéniablement à l’implosion du maillage douanier en Antilles-Guyane.
Basse-Terre, le 24/04/2026