La dette publique : un phénomène global

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La France affiche un taux d’endettement d’environ 113 % du PIB en 2024, ce qui la place dans le top 10 mondial des pays les plus endettés. Mais elle est loin d’être une exception (classement des principales puissances mondiales selon leur dette publique en % du PIB en 2024) :

  1. Japon : 251,9 %
  2. Grèce : 160,2 %
  3. Italie : 143,2 %
  4. États-Unis : 126,9 %
  5. France : 113,0 %
  6. Royaume-Uni : 101,3 %
  7. Canada : 100 %
  8. Chine : 83%
  9. Allemagne : 65 %
  10. Russie : 21 %

 

Un argument politique à géométrie variable

Le gouvernement français invoque régulièrement la dette pour justifier :

  • Des réformes budgétaires (réduction des effectifs, gel du point d'indice),
  • Des restrictions sociales (réformes des retraites, de la sécurisé sociale),
  • Des mesures fiscales (hausse des taxes).

Mais cette rhétorique soulève plusieurs critiques :

  • Sélectivité du discours : on parle de dette, mais jamais de la répartition des richesses ou des dividendes versés par les grandes entreprises.
  • Oubli du contexte mondial : la dette est structurelle dans les économies modernes, et souvent utilisée comme levier de croissance.
  • Absence de débat sur la qualité de la dette : investir dans l’éducation, la santé ou la transition écologique peut générer des retours économiques et sociaux, même si cela creuse temporairement le déficit. Quant est-il des 220 milliards d'aide aux entreprises ? Qu'apportent-elles réellement aux salariés ?

     

La dette n’est pas toujours un problème

  • Les taux d’intérêt restent historiquement bas, ce qui rend la dette plus soutenable.
  • La France emprunte en euros, une monnaie stable, avec une forte demande sur les marchés.
  • La dette française est détenue à 75 % par des non-résidents, ce qui témoigne d’une confiance internationale.
  • Le Japon, malgré une dette de plus de 250 % du PIB, ne suscite pas de panique car elle est massivement détenue par ses citoyens.
     

Un cas à part ?  La Russie...

La Russie affiche un taux d’endettement très faible (environ 20 %), mais :

  • Elle est exclue des marchés internationaux à cause des sanctions.

  • Elle finance son économie par les exportations de matières premières, ce qui limite le recours à l’emprunt.

  • Son système bancaire et budgétaire est opaque, rendant les comparaisons peu fiables.


 

La dette : un indicateur à manier avec sérieux

Utiliser la dette comme épouvantail politique revient à ignorer :

  • Sa fonction économique,
  • Son comparatif international,
  • Et surtout, les choix de société qu’elle reflète.

La question n’est pas seulement combien on emprunte, mais pour quoi, au profit de qui, et avec quelle vision à long terme ? Bref, la dette n'est pas nécessairement un fléau, c'est avant tout un choix.

 

Et la bourse dans tout ça ?

Depuis 2017, le CAC 40 est passé d’environ 5 000 points à plus de 8 000 points en 2025. Cela représente une hausse de plus de 60 %, malgré des crises majeures comme le Covid-19 ou encore la guerre en Ukraine. Une croissance spectaculaire… mais pour qui ? Pourquoi cette envolée ? 

 

 Les moteurs de la hausse

  • Résultats record des grandes entreprises : LVMH, Total-Energies, Sanofi, Airbus, etc. Ces géants ont affiché des bénéfices historiques, portés par la reprise post-Covid, la demande mondiale et la hausse des prix de l’énergie.
  • Politiques monétaires accommodantes : Les taux d’intérêt très bas de la BCE ont favorisé l’investissement en actions plutôt qu’en obligations, dopant les marchés.
  • Dividendes et rachats d’actions : Les entreprises du CAC 40 ont massivement redistribué leurs profits aux actionnaires, ce qui a soutenu les cours boursiers.
  • Secteurs porteurs : Le luxe, la tech et l’aéronautique ont particulièrement bien performé, tirant l’indice vers le haut.

 

Une croissance qui ne reflète pas l’économie réelle

Le marché boursier en France est en décorrélation complète avec les salaires. Alors que les profits explosent et battent des records, les salaires stagnent, le pouvoir d’achat des Français ne suit pas et la pauvreté progresse. Ainsi, on peut dégager deux notions assez fortes :

  • La concentration des gains : La hausse du CAC 40 bénéficie surtout aux actionnaires et investisseurs, pas à l’ensemble de la population.
  • L'effet vitrine : L’indice donne une image flatteuse de l’économie française, alors que les inégalités se creusent et que les services publics sont sous tension.

 

Les sacrifices, c’est toujours pour les mêmes...

La progression du CAC 40 depuis 2017 illustre la bonne santé des grandes entreprises, mais aussi la polarisation des richesses. Dans un contexte où l’on invoque la dette pour justifier des sacrifices sociaux, il est légitime de se demander pourquoi les efforts sont-ils demandés aux salariés, alors que les profits explosent en haut de la pyramide ?

Le budget 2026 illustre ce choix politique : utiliser la dette comme prétexte pour rogner les droits sociaux, tout en laissant les gains se concentrer en haut. A ce stade, on pourrait même s'interroger sur ce dernier, qui ne serait même pas le fait des politiques mais celui de la finance internationale à son profit. Car, après ce choix, les travailleurs n’ont ni le pouvoir de décider, ni la part qui leur revient.

Il est temps de changer le récit. Plébisciter le travail ne signifie pas exiger toujours plus d’heures. Cela signifie assurer dignité, reconnaissance et équité pour chaque heure accomplie.

 

Les gabelous en ont assez ! 

Ces mécanismes qui visent à négliger, voire exploiter ceux qui travaillent, se retrouvent évidemment dans notre propre environnement professionnel, car on oublie trop souvent les réalités du terrain. Les douaniers sont en première ligne face aux trafics dangereux (drogues, armes, contrefaçons) et la régulation des flux (droits de douane, voyageurs, garantie des filières pro.). Et pour cela, ils sont :

  • Exposés à des situations tendues, difficiles, voire violentes,
  • Souvent en sous-effectif, avec des missions élargies mais des moyens contraints,
  • Confrontés à un mal-être non seulement persistant, mais en nette progression,
  • Et soumis à une pression constante : entre objectifs chiffrés, surveillance accrue et devoir de discrétion.

Pourtant, ils permettent des recettes fiscales, des amendes et des confiscations qui rapportent quasi autant que le budget annuel de la DGDDI. Dès lors, ce n’est pas en supprimant des jours fériés ou en allongeant la durée de travail qu’on valorisera leur engagement. Ceux qui prennent des risques pour protéger la société méritent reconnaissance, respect, et juste rétribution et certainement pas l'invisibilité dans le débat public.

Se réconcilier avec le travail, c’est aussi lui redonner du sens. Et pour les douanières et douaniers, cela commence par mettre en lumière et reconnaître ce qu’ils endurent au quotidien, au service de tous.

 

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