Temps de travail annuel : la France en bas du classement… en apparence !

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Des chiffres officiels qui placent la France en bas d'un seul classement

  • Selon l’OCDE, les Français ont travaillé 666 heures par habitant en 2024, soit le plus faible total parmi les grandes nations développées.
  • En comparaison : 776 heures dans l’UE, 724 heures en Allemagne, 767 heures en Italie.
  • MAIS, l’indicateur de l’OCDE prend en compte l’ensemble de la population, y compris les inactifs (retraités, enfants…), ce qui pénalise les pays à forte natalité ou espérance de vie comme la France.
  • En outre, le site Toute l’Europe nuance : les Français travaillent en moyenne 35,8 heures par semaine, ce qui les place dans la moyenne européenne.
  • Si l’on considère uniquement les personnes en emploi, les Français ont travaillé 1 494 heures en moyenne en 2024, soit plus que les Allemands (1 338 heures), les Néerlandais (1417 heures) ou les Luxembourgeois (1382 heures), par exemple.

Une donnée en amélioration depuis 30 ans

  • Malgré tout, le nombre d’heures travaillées augmente légèrement en France : en 1995, ce chiffre était de 630 heures , soit bien avant le passage aux 35 heures. C'est donc une progression notable de près de 6%.
  • En Allemagne, cette même durée a légèrement baissé en 2024. Les Allemands exprime un manque de temps pour finir leur travail (39 %) et souhaitent avoir des jours de récupération en échange de leurs heures sup' (30 %).

 Surtout, les chiffres ne disent pas tout…

  • L’économiste Éric Heyer nuance lui aussi : en heures travaillés par habitant et à temps complet, les Français travaillent un peu moins, mais en incluant le temps partiel, les écarts se réduisent significativement.
  • Ce n’est pas tant que les actifs en France travaillent moins, mais le taux d’activité est plus faible, notamment chez les jeunes et les seniors. Soit deux catégories d'actifs qui peinent à trouver une place auprès des employeurs. Que fait le gouvernement sur ces sujets ?
  • Par ailleurs, les statistiques de l'OCDE ne prennent pas en compte les heures supplémentaires non déclarées ou non rémunérées, souvent effectuées par les salariés.
  • Certains employés travaillent au-delà de leurs horaires officiels, parfois par pression ou par habitude, ce qui fausse la perception du « vrai » temps de travail (forfait jour / écrêtage / travail pendant des congés).

Une réalité bien plus complexe qu’il n’y paraît

Sur le papier, le Premier ministre peut habillement présenter des chiffres où les Français sembleraient travailler moins. Mais en croisant toutes les données sur le temps de travail, on voit que les écarts sont faibles une fois les biais corrigés. Le temps partiel actif, les catégories d'actifs écartés du travail, les heures invisibles, et les différences culturelles rendent toute comparaison plus complexe qu’un simple total annuel.

Quand on veut noyer son chien, on dit qu’il a la rage…

Dans ce débat sur le temps de travail, cette maxime populaire semble plus actuelle que jamais. Accuser les Français de ne  « pas travailler assez » permet opportunément de justifier des mesures qui entament les acquis sociaux : suppression de jours fériés, allongement de la durée hebdomadaire, gel des salaires, révision des conditions pour accéder au chômage, etc.

Pourtant, les chiffres racontent une autre histoire : les Français à temps partiel travaillent plus que leurs voisins, ceux à temps complet ont des horaires proches de la moyenne, et les heures supplémentaires non rémunérées restent invisibles dans les statistiques officielles.

Les chiffres doivent éclairer le débat, pas le masquer. Ce procès du travailleur français paresseux repose moins sur des faits que sur une volonté politique de refaçonner le rapport au travail, le tout sans jamais aborder la manière dont les fruits du travail sont répartis.

Un discours politique très sélectif

C’est exactement là que le bât blesse.

On parle d’heures, de jours fériés, de taux d’activité… mais jamais de la manière dont les fruits du travail sont répartis. C’est comme si le débat se limitait à travailler plus, sans se demander pour « qui » ni « avec quelles retombées ». Pourtant, la valeur produite ne disparaît pas ; elle est répartie, mais souvent de façon inégale : entre actionnaires, dirigeants et salariés.

Quand le gouvernement affirme que les Français doivent travailler davantage, il évite soigneusement le terrain glissant de la répartition des richesses. Pas un mot sur :

  • Les dividendes record en France des grandes entreprises,
  • La modération salariale dans de nombreux secteurs (gel du point d'indice),
  • Le partage des gains de productivité, qui s’amenuise pour les salariés.

Cela donne l’impression d’un effort demandé à sens unique, comme si les salariés étaient seuls responsables du dynamisme économique, alors que les leviers financiers échappent bien souvent à leur contrôle.

Proposer une autre lecture

Et si on inversait le regard ? Avant de réclamer plus d’heures, interrogeons la destination des heures déjà travaillées :

  • Où va la richesse créée ?
  • Pourquoi les gains de productivité ne profitent-ils plus autant aux salaires ?
  • Qui décide de l’affectation des profits ?

Ce serait ça, réconcilier la société avec le travail, en lui redonnant du sens, de la justice, et du retour.

 

Sources :

[Cartes] Les Français travaillent-ils moins que leurs voisins européens ? - Touteleurope.eu

Dans quel pays travaille-t-on le plus, en France ou en Allemagne ? - Connexion-Emploi

Nombre d'heures travaillées : les Français toujours à la traîne de leurs voisins européens | Les Echos

Temps de travail des Français : combien d'heures par semaine travaillez-vous (réellement) ?

 

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